Son corps était devenu une arme. Sa cage thoracique saillante d’où s’échappaient deux maigres bras dont on ne savait plus bien comment ils tenaient là, sa colonne vertébrale boursouflée par les scolioses, ses paupières toujours à vif, ses joues émaciées recouvertes d’une barbe dense. Et, au milieu, une bouche noire, grande ouverte, semblant lutter pour prendre encore une bouffée d’air. C’était le cri de l’Argentine polluée, réplique moderne du chef-d’œuvre d’Edvard Munch. A 53 ans, Fabian Tomasi, devenu un symbole de la lutte contre les pesticides en Argentine, est mort vendredi 7 septembre.
C’est à 23 ans que ce natif de Basavilbaso commence à travailler pour une exploitation agricole de la région d’Entre Rios (Centre-Est). Le jeune homme est chargé de remplir d’herbicides les réservoirs des avions d’épandage qui parcourent les vastes champs de soja de la province, qui ont supplanté progressivement l’élevage bovin traditionnel. Dans ces larges cuves, des mots qu’il ne connaît pas encore : glyphosate, Tordon, propanil, endosulfan, cyperméthrine, 2-4D, méthamidophos, chlorpyriphos, adjuvants, fongicides, Gramoxone…











