Pollution de l’air : 8 000 décès par an pourraient être évités en Ile-de-France

Stéphane Mandard7-9 minutes


Une étude montre que la pollution de l’air est responsable de près d’un décès sur dix dans la région. En cause, des concentrations de polluants qui excèdent largement les seuils de l’OMS.

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Le ciel de Paris, en septembre 2020.

Le chiffre devrait convaincre définitivement les pouvoirs publics de changer de braquet dans la lutte contre la pollution de l’air. Près de 8 000 décès prématurés pourraient être évités en Ile-de-France chaque année si les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de qualité de l’air étaient respectées. Cette estimation est le résultat d’une étude inédite publiée jeudi 10 février par l’Observatoire régional de santé (ORS) Ile-de-France – une structure scientifique indépendante – et Airparif. Huit mille, c’est quatre fois le nombre de morts liés à la consommation d’alcool et quasiment autant que le tabagisme (10 000) à l’échelle de la région la plus peuplée de France.

L’exposition à la pollution de l’air favorise le développement de pathologies chroniques graves, en particulier des maladies cardiovasculaires (infarctus, accident vasculaire cérébral) et respiratoires, et des cancers, rappelle l’ORS. Cela se traduit par une augmentation de la mortalité et une baisse de l’espérance de vie.Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés Un décès sur cinq dans le monde serait lié à la pollution de l’air

Les dernières données épidémiologiques ont montré des effets néfastes de la pollution de l’air à des concentrations bien plus faibles qu’on ne le pensait jusqu’ici. Elles ont conduit l’OMS à durcir drastiquement ses normes, en septembre. La limite d’exposition annuelle à ne pas dépasser pour les particules fines (PM2,5) a été divisée par deux : elle est passée de 10 microgrammes par mètre cube (µg/m3) à 5 µg/m3. Celle pour le dioxyde d’azote (NO2) a même été divisée par quatre, de 40 à 10 µg/m3.

Chauffage urbain et trafic routier

En prenant comme année de référence 2019 (l’année 2020, marquée par le confinement lié à la crise sanitaire, n’est pas représentative des niveaux de pollution), l’étude a évalué les morts imputables à l’exposition aux principaux polluants. Pour les particules fines, émises par le chauffage urbain l’hiver et le trafic routier, le nombre de décès est estimé à 6 220 à l’échelle de la région. Pour le dioxyde d’azote, émis principalement par le trafic routier et majoritairement par les véhicules diesel, il est de 3 680. Pour la première fois, l’ORS a également évalué les d&eacute ;cès attribuables à l’ozone (O3), un polluant secondaire émis principalement l’été sous l’effet du rayonnement solaire : ils sont de l’ordre de 1 700.

Les nombres de décès liés à l’exposition aux PM2,5 et au NO2 ne peuvent pas être directement additionnés, une partie des décès se recoupant. Ceux attribués à l’ozone peuvent en revanche être considérés comme additionnels aux décès liés aux particules fines. Pour l’année 2019, l’ORS arrive donc au bilan de 7 920 décès prématurés. Si les niveaux moyens de ces polluants étaient abaissés au niveau des concentrations recommandées par l’OMS, ces décès pourraient être évités, conclut l’étude. Les bénéfices seraient particulièrement importants pour les habitants de Paris et de la métropole, qui regrouperaient les deux tiers des décès évitables par une baisse des niveaux de PM2,5 ramen&e acute;s à 5 µg/m3. Pour le NO2, ce sont près de 80 % des bénéfices attendus à Paris et dans la métropole si les niveaux étaient ramenés à 10 µg/m3. Pour l’ozone, en revanche, les bénéfices seraient plus importants en zone rurale.Lire aussi Article réservé à nos abonnés Pollution de l’air : l’OMS durcit drastiquement ses normes

L’étude souligne que des progrès ont déjà été réalisés lors de la dernière décennie : entre 2010 et 2019, le nombre de décès attribuables à l’exposition aux particules fines est passé de 10 350 à 6 220, soit une baisse de 40 %. Cela correspond à un gain moyen d’espérance de vie de près de huit mois par habitant en Ile-de-France. Pour le NO2, la baisse est moins prononcée : à peine 19 % (de 4 520 à 3 680 décès). Des avancées, certes, mais la marche est encore haute pour atteindre les normes de l’OMS.

Les seuils de l’OMS largement dépassés

Aujourd’hui, tous les Franciliens sont exposés à des concentrations de polluants qui excèdent les seuils de l’OMS. Et souvent dans des proportions importantes. Les concentrations de NOdépassent jusqu’à huit fois les recommandations de l’institution onusienne, notamment à proximité du boulevard périphérique, et jusqu’à trois fois pour les PM2,5. Concernant l’ozone, les niveaux fixés par l’OMS sont dépassés un jour sur quatre entre avril et septembre, alors qu’ils ne devraient l’être que deux fois pendant la période estivale.Lire aussi Article réservé à nos abonnés Paris, une des villes où la pollution automobile tue le plus en Europe

La maire de Paris, Anne Hidalgo, s’est fixé 2030 comme date pour atteindre les normes de l’OMS dans la capitale. Cela passe notamment par l’extension de l’interdiction de circulation à tous les véhicules diesel en 2024 et essence d’ici à 2030. En mettant l’accent sur les bénéfices en matière de santé publique des mesures de réduction de la pollution, l’ORS souhaite que son rapport permette d’« accompagner la mise en œuvre des politiques publiques » qui, note-t-elle, « peuvent être lourdes à mettre en œuvre et parfois mal comprises par le grand public ».

Devant l’opposition de certains maires relayant le mécontentement de leurs administrés, la Métropole du Grand Paris vient de repousser à 2023 la prochaine étape (initialement prévue en juillet) du déploiement de sa zone à faibles émissions : l’interdiction des Crit’Air 3, soit environ un million de véhicules essence immatriculés avant 2006 et diesel vieux de plus de onze ans.Lire l’entretien : Article réservé à nos abonnés Anne Hidalgo : « Ma bataille n’est pas contre la voiture, mais contre la pollution »

Stéphane Mandard

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