Tchernobyl : 40 ans déjà!
C’était pas un mensonge mais un crime d’État !!! »
L’AFMT s’est créée treize ans après Tchernobyl en 1999 avec une conviction : les malades qui se déclaraient, n’étaient pas ce qu’on appelait autrefois « les crétins des Alpes, » c’est‑à‑dire des hypothyroïdies frustes dues à une carence en iode.
Très vite, l’association a été dépassée par le nombre de jeunes atteints de cancers et de maladies auto‑immunes thyroïdiennes. Des cas extrêmement graves qui ont nécessité des curages ganglionnaires des sternotomies étant à peine adolescent, dont certains enfants Corses qui ont été envoyés à l’hôpital Necker de Paris.
Le 1er mars 2001, nous avons décidé de monter à Paris pour déposer une plainte pour non‑protection de la population et homicide involontaire.
Nous n’étions pas des militants. Nous avions simplement affrété un car pour permettre à des malades de toute la France de se rendre à Paris. Cette période a profondément marqué nos membres les plus fidèles de l’association. Arrivé à Paris le car était plus que complet!
Un ami chauffeur avait accepté bénévolement de nous conduire , disant : « Pour une fois dans ma vie, je ferai quelque chose d’utile ! » Il imitait Chirac et mettait l’ambiance. Nous n’avions fait aucune déclaration en préfecture…
Le car est parti de Montauban dans une ambiance bon enfant. Je ne réalisais pas encore dans quelle aventure nous nous engagions. Par chance, l’actualité était calme : FR3 avec Marc Robert et FR2 avec Hélène Vergnes montèrent dans le car.
À Toulouse, FR3 descendit pour envoyer les premières images, qui firent la une du journal télévisé du soir alors que nous étions déjà vers Carcassonne. Nous voyons de loin les lumières bleues de la gendarmerie. Silence total. Les gendarmes nous arrêtèrent sur une aire d’autoroute. FR2 filmait caméra au poing. Ils nous dirent : « Vous ne pouvez pas continuer. »
La présidente répondit : « On va voir Pavarotti aux Arènes de Nîmes c’est pas loin ! »
Devant la caméra, ils n’osèrent pas dire qu’ils savaient très bien où nous allions. L’ambiance redevint euphorique.
À Saint‑Jean‑de‑Védas, nous embarquâmes d’autres personnes dont Michèle qui avait été dentiste . A Valence, la CRIIRAD ; à Lyon puis à Mâcon, notre vice‑présidente. Nous ne nous étions jamais vues, et ce fut un bonheur de mettre enfin des visages sur ces voix courageuses.
À partir de 3 h du matin, France Info annonçait toutes les quinze minutes : « Le car de la colère monte sur Paris », pour la seule plainte européenne déposée pour non‑protection de la population. 800 plaignants!
L’enthousiasme se mêlait à la peur au ventre.
À Paris, une foule de journalistes nous attendait, CNN y compris.
Chacun devait « se prendre un journaliste » et lui dire ce qu’il avait « sur la patate ».
Par leur maladie, ces personnes étaient devenues citoyennes de leur propre vie. Ce fut le noyau de l’AFMT.
Au retour, Bébért notre chauffeur, nous fit un bref tour de Paris. À Montauban, nous reçûmes un sévère rappel à l’ordre de la préfecture, mais la plainte était déposée…
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Le procès Tchernobyl : ce que nous avons découvert
Le procès nous permit d’accéder au secret d’instruction.
Nous avons découvert que :
« Non seulement l’État était bien au courant du passage du nuage radioactif, mais il a pris des contre‑mesures afin de banaliser cet accident. »
Toutes les centrales nucléaires étaient équipées de radia‑air, filtres à charbon mesurant la radioactivité heure par heure.
À notre étonnement, Le Blayais, le 1er mai, avait capté autant de radioactivité que Chooz, dans les Ardennes.
Pourquoi ?
La CRIIRAD, grâce au travail d’André Paris, avait cartographié l’Europe, mais quatre ans après la catastrophe, seuls les isotopes de césium restaient mesurables.
Or, au moment de l’accident, les radioéléments à vie courte comme le tellure dont les perditions se transforment en iode 132. Les iodes représentaient 80 % du nuage et étaient les plus agressifs pour la thyroïde. Plus légers, ils avaient voyagé beaucoup plus loin.
La France, pays le plus nucléarisé du monde, avait tout intérêt à banaliser l’affaire.
Le professeur Pellerin, responsable du SCPRI, décréta que la consommation de produits contaminés pouvait atteindre 100 000 Bq, alors que les normes européennes étaient de 400 à 600 Bq.
« Tous les aliments interdits de commerce en Europe, venant de l’Est, terminèrent sur nos tables. Nos estomacs servirent de poubelles. C’est un crime ! »
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Rencontres, combats et échecs annoncés
Nous avons sillonné la France.
Un moment marquant fut la Corse : un concert de I Muvrini, dont un chanteur était atteint d’un cancer thyroïdien.
Dans le Niolo, au‑dessus de Corte, nous avons rencontré des centaines d’agriculteurs, beaucoup portant une cicatrice au cou. Les conjoints se confiant à nous entre changement d’humeur et fatigue il fallait continuer
Le petit restaurant local nous offrit saucisson, boudin et spécialités corses dans une ambiance chaleureuse. Notre avocat parisien a eu du mal à suivre…
Nous n’avons pas gagné le procès. C’était couru d’avance.
Pourtant, les chiffres parlent :
« En 1980, 200 000 Français étaient hormonodépendants.
En 2026, 3 400 000. »
Certes, il n’y a pas que Tchernobyl. Mais tout de même.— Le travail mené par le docteur Fauconnier avec les registres de santé et d’autres scientifiques montrent qu’actuellement la courbe redescend sur les enfants nés sans thyroïde, l’impact serait quasiment passé
Un monde plus dangereux encore
Aujourd’hui, avec les tensions mondiales l’Iran, l’Ukraine … les centrales deviennent des tendons d’Achille en cas de guerre.
Ce ne sont pas des cachets d’iode qui régleront la situation, mais des bombes laissant des terres à jamais inhabitables.
Les radia‑air des casernes sont désormais silencieux, rien ne nous préviendra au cas où!
Seuls l’IPSN l’ancien SCPRI seraient informés en cas de nouveau Tchernobyl.
« Surtout pas de panique… »—
Le plus lamentable
Comme pour l’affaire Levothyrox, certains grands professeurs nous ont traités de moins que rien.
Ils ont même signé une pétition dans Libération à l’époque contre « ces pauvres malades manipulés ».
L’association a pour sigle un point d’interrogation : la science doit être au cœur du jugement.
Ce sont les malades, par leurs dons et adhésions, qui permettent aux scientifiques indépendants de travailler. La plupart des scientifiques travaillent bénévolement également
« Le monde actuel est celui des lobbys qui phagocytent nos vies.
L’histoire a été faite par des poignées d’irréductibles ayant la conscience d’autrui. »










