Médiator. Céférina Cordoba, symbole des victimes du médicament, est décédée

Céférina Cordoba est l’une des victimes les plus emblématiques du Mediator. (Photo d’archives)

La Brestoise a été la première patiente qui a permis à Irène Frachon de comprendre les effets secondaires de ce dangereux médicament. Elle vient de décéder à 65 ans, des suites de sa maladie liée au Mediator.

Afficher le diaporamaOuest-France  Laurence GUILMO.Publié

« Son décès marque terriblement le 10e anniversaire de l’éclatement de l’affaire du Mediator », exprime Irène Frachon, pneumologue brestoise, très émue. Elle est la première patiente qui m’a permis de comprendre cette maladie. Elle m’a soutenue dès le début, en 2010, quand mon livre a été attaqué par Servier. On était devenue amies. Elle m’appelait sa petite sœur. »

« Elle est « le » symbole des victimes du Mediator », affirme Charles Joseph-Oudin, rappelant que Céférina Cordoba a été sa deuxième cliente dans cette affaire. « Elle a été malade à cause de Mediator. Elle en meurt aussi ! Les victimes en prennent perpète, jusqu’à la fin de leur vie ! »

Une vie « gâchée »

Céférina Cordoba, 65 ans, est décédée à Brest, dans la nuit de mercredi 4 à jeudi 5 mars 2020. Ses valves cardiaques, bien que mécaniques, ont été attaquées par une bactérie. Il n’était pas possible de l’opérer. « Elle n’en pouvait plus de cette vie gâchée par le Mediator », affirme Katia, sa fille.

En 2006, la Brestoise, caissière de profession, mère de deux enfants, vivait un divorce douloureux. Elle avait pris 20 kg. Elle va consommer du Mediator durant deux ans, un antidiabétique également prescrit comme coupe-faim qui est retiré du marché en 2009.

Parce qu’elle souffre d’essoufflement, elle consulte au CHU de Brest pour ce qu’elle croit être de l’asthme. En fait, deux valves cardiaques sont touchées. Elle souffre d’une grave valvulopathie, un des effets secondaires du Mediator. Elle est opérée, et deux valves artificielles lui sont posées.

Quand l’affaire éclate, Céférina Cordoba découvre que le Mediator est à l’origine sa maladie, médicament commercialisé malgré sa toxicité par les laboratoires Servier. Elle porte plainte.

Un arrêt cardiaque en gare de Rennes

En février 2011, à Rennes, après une expertise médicale de quatre heures, elle fait un arrêt cardiaque dans le train qui doit la ramener à Brest. Heureusement, un agent de la SNCF lui prodigue des massages cardiaques et la sauve.

« Son histoire a ému les autorités, jusqu’au ministre Xavier Bertrand. Elle a servi de déclencheur à une réflexion globale pour indemniser les victimes autrement, via l’Oniam, plutôt que des expertises médicales éprouvantes », relate l’avocat, qui était à ses côtés, à Rennes.

Sa santé est définitivement altérée. Un défibrillateur intra-cardiaque lui est posé. Elle ne pouvait plus travailler et vivait une pension d’adulte handicapé de 600 € par mois.

L’histoire de Céférina Cordoba est relatée dans le film « La fille de Brest » d’Emmanuelle Bercot. C’est elle qui prononçait cette phrase : « Ils n’auront jamais mon sourire ».

Plainte pour homicide involontaire

À force de ténacité et d’opiniâtreté, Céférina Cordoba, qui était aussi très douce et généreuse, a été indemnisée par le laboratoire dans le cadre d’une transaction. « C’était très important pour elle que Servier reconnaisse sa culpabilité, après tout le mal qu’il a fait, à elle et toutes les autres victimes », souligne sa fille.

Céférina Cordoba ne verra pas l’issue du procès pénal pour tromperie aggravée ( où elle n’était pas partie civile) qui se tient actuellement, à Paris, depuis septembre, jusqu’à fin avril. Charles Joseph-Oudin rappelle que les personnes ayant consommé du Mediator peuvent s’y constituer partie civile jusqu’au 22 avril.

Le combat de Céférina Cordoba ne va pas s’éteindre avec son décès. « Une instruction judiciaire est toujours en cours, pour un autre procès à venir. Ses héritiers vont déposer plainte pour homicide involontaire. », précise Charles Joseph-Oudin.

Les obsèques de Céférina Cordoba se dérouleront dans l’intimité familiale.

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