Le compte rendu du Comité de suivi Lévothyroxine écrit par l’ANSM passé au peigne fin

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CAVIARDER ou DIRE LA REALITE DES FAITS ?

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) face à l’alternative
« Caviarder. Ancien. Recouvrir d’un enduit noir, pour rendre illisible un passage d’un texte interdit par la censure. Censurer en biffant le passage d’un texte, en supprimant une partie d’une publication » (Dictionnaire Larousse)
Un diaporama a été montré à l’Association Française des Malades de la Thyroïde le 6 février au cours de la réunion du Comité de suivi de la crise du Levothyrox, auquel siège l’AFMT. Puis transmis par la Direction Générale de la Santé. Un état des lieux des solutions alternatives disponibles occupe les 11 premières diapositives. Elles ne reflètent pas la pénurie d’approvisionnement que décrivent encore les malades. Nous verrons pourquoi.
Le cœur du sujet, c’est-à-dire les effets indésirables, n’est abordé que dans les suivantes 12-13-14
Un communiqué de l’ANSM a été transmis aux médias. Plus que ce que dit le texte de l’ANSM, ce qu’il ne dit pas, ou ce qu’il dit de façon édulcorée revêt un intérêt majeur quand il s’agit de la synthèse d’un rapport rigoureux fait par des scientifiques du Comité Technique de Pharmaco Vigilance (CTPV).
« retour sur les résultats de l’enquête de pharmacovigilance (CTPV du 30 janvier 2018) »
diapositive 12
-analyse de 17 310 cas enregistrés dans le BNPV, dont 12 248 sur la deuxième période de l’enquête (15 septembre-30 novembre 2017).
Compte tenu des délais de signalement et d’enregistrement, la première période et une bonne partie de la 2ème, correspondent aux événements survenus en l’absence d’influence des médias, réseaux sociaux inclus.
-Cas très majoritairement déclarés par les patients (90 %)
-Pourcentage de patients pour lesquels ont été signalés des EI aux CRPV = 0,75 % des patients exposés (événements indésirables au comité régional de pharmacovigilance)
Ce chiffre de 0,75 % est triplement biaisé.
La France ultramarine n’est pas prise en compte car les codes postaux n’étaient alors pas reconnus par le portail de pharmacovigilanve.
Les sondages effectués par l’AFMT en métropole démontrent que, à l’issue de cette période, 50 % à 70 % des personnes souffrant d’effets indésirables sérieux n’ont pu aller au bout des formalités nécessitées par le portail de signalement de pharmacovigilance. Et que dans la pénurie et, pire, les déserts médicaux, beaucoup de médecins n’ont pas le temps de faire les démarches… Les 90% sont donc aussi un indice de la désagrégation du système de soins.
Selon leur localisation géographique, 30 à 70 % des malades qui ont souffert du Levothyrox Nouvelle Formule (NF), se fournissent directement en alternatives (principalement Lévothyrox AF c’est à dire Euthyrox), y compris par des intermédiaires amis ou par correspondance dans les pharmacies des pays limitrophes. Pour des raisons géographiques, c’est sans doute en Bretagne que cette pratique est la moins répandue.
La preuve de cette fuite des patients vers des alternatives au Lévothyrox NF se trouve dans le rapport final du 25 janvier 2018 de pharmacovigilance. Un histogramme, page 11 (figure1) montre l’évolution du nombre de boîtes vendues mensuellement pour le Lévothyrox ancienne formule et nouvelle formule.
Environ 3 300 000 boîtes vendues mensuellement avant le passage à la nouvelle formule. Environ 2 600 000 en novembre 2017, avec une tendance baissière depuis juillet 2017. Compte tenu de l’imprécision de la lecture sur le graphique, le passage à une alternative au Lévothyrox pourrait se situer entre 600 000 à 700 000 boîtes correspond une baisse de l’ordre de 18 % à 21 %. Environ un cinquième des malades souffrant d’effets indésirables sont donc passées, jusqu’à preuve du contraire, à une solution alternative. Autrement dit, le chiffre de 0,75 % est très éloigné de la réalité qui est plus proche de 20 %. L’ANSM le sait. Mais le reconnaître aboutirait à mettre en avant ses responsabilités et anéantirait ses campagnes de communication passées.
-19 cas de décès rapportés et analysés, sans lien établi avec la nouvelle formule de Lévothyrox
Le nombre de décès rapportés par les familles à l’AFMT laisse prévoir des chiffres bien supérieurs. Cependant, le lien de cause à effet restera à établir au plus vite.

Diapositive 13
« analyse détaillée
-cas attendus d’hypo- ou hyperthyroïdie validés par des valeurs de TSH en dehors des normes attendues après changement AF vers NF
Le texte initial de l’ANSM lors de l’introduction de la nouvelle formule soulignait l’absence d’effet perceptible par le patient. Pour les pharmaciens, l’attention était surtout attirée sur le changement de présentation : « il est nécessaire d’informer le patient du changement de la couleur des boîtes. » Il est donc étrange que les experts des centres de pharmacovigilance aient attendu des cas d’hyper- ou d’hypothyroïdie, mais pas l’ANSM…
-présence d’une symptomatologie aspécifique, associant des signes d’hypo- et d’ hyperthyroïdie, chez des patients avec biologie en faveur d’une hypo-ou d’une hyperthyroïdie, mais également chez des patients à TSH dans les normes attendues (2/3 des patients)
Ce n’est donc pas qu’un problème d’adaptation de dose thérapeutique, si l’on se fie à la TSH. L’AFMT a déjà attiré l’attention des participants au comité de suivi, sur les limites de ce paramètre.
-amélioration des symptômes dans 20 % des cas surtout quand adaptation de posologie ou switch (idem quel que soit le sous-groupe)
Présentation franchement caviardée: l’AFMT invite le lecteur à s’enquérir du contenu du
rapport de pharmacovigilance (page 32). Le voici :

« concernant l’évolution des symptômes, 20 % des patients rapportent une amélioration de leurs symptômes quel que soit le sous-groupe. Cette amélioration était rapportée pour 7 % des patients sans modification de traitement, 14 % des patients ayant modifié les posologies de Lévothyrox NF et 65 % des patients ayant switché vers une autre spécialité (proportions identiques quel que soit le sous-groupe.) »
En clair, 65 % des patients souffrant d’effets indésirables sont améliorés par le passage à une alternative au Lévothyrox nouvelle formule. Pourquoi ce passage, qui touche tout de même 2/3 des patients souffrant d’effets indésirables, est-il caviardé ?

diapositive 14 :
« conclusion
-profil clinique des EI (événements indésirables) rapportés avec Lévothyrox NF semblable à celui de Lévothyrox AF, mais avec une fréquence de signalement inattendue et inédite
La fréquence de signalement n’est, pour l’AFMT et comme le sait l’ANSM, ni inattendue, ni inédite. L’expérience du passage forcé aux génériques du Lévothyrox en 2011 avait déjà donné une foule de renseignements. Au point que les médecins avaient obtenu, devant les difficultés fréquentes et nombreuses, que ce médicament soit « non substituable », par simple apposition de cette mention sur l’ordonnance.
Sachant cela, l’ANSM n’aurait pas dû initialement mettre en avant l’amplification par les réseaux sociaux et les médias pour masquer la réalité. Ni accompagner la négation de cette réalité et laisser proliférer la proclamation nocebo présentée comme un fait scientifique alors qu’il ne s’agissait que d’une opinion. Pour pouvoir parler d’effet nocebo, il aurait fallu que la démonstration scientifique en soit faite, ce qui n’est pas le cas.
-possibilité de survenue de déséquilibre thyroïdien quand un patient passe de Lévothyrox AF vers NF
Les tests de bio équivalence sont donc inadaptés à la mise sur le marché d’un médicament à marge thérapeutique étroite, ce que l’AFMT dénonce depuis de nombreux mois, mais qui ne transparaît nulle part dans les communiqués de l’ANSM.
Cela aurait évité à certains leaders d’opinion médicale des propos imprudents.
Par exemple, certaines assertions inexactes trouvées dans les médias (Fréquence médicale, éditions du 15 février 2018 ) : « lorsqu’un malade recevant 75 µg de Lévothyrox est insuffisamment contrôlé, on passe à 100 µg, soit une augmentation de 33 %, c’est dire si la marge thérapeutique n’est pas si étroite que ça ! »
Passée la phase initiale de correction rapide d’une hypothyroïdie franche, l’adaptation des doses s’effectue par paliers de 12,5 µg de lévothyroxine. Du reste, les comprimés de Lévothyrox Merck sont sécables pour permettre ces paliers et certains de ceux fabriqués par la concurrence de ce laboratoire et disponibles à l’étranger intègrent directement ces paliers.
-présence de symptômes aspécifiques chez les patients présentant des TSH normales sans facteur explicatif
L’AFMT souligne, depuis des mois, les limites du paramètre TSH, trop souvent exclusif dans le suivi des hypothyroïdies. Les progrès portant sur les techniques ultrasensibles de TSH ont concerné essentiellement les hyperthyroïdies. Par contre, cette technique n’a pas apporté de gain diagnostique majeur pour la détermination des hypothyroïdies. L’AFMT déplore les pressions économiques qui poussent le corps médical a écarter, en pratique, d’autre paramètre comme la T3 et la T4 libres. Pour mémoire, le test de TRH sur TSH était autrefois largement utilisé pour explorer aussi ces situations ambiguës…
Propositions
-discussion des données de l’enquête au sein d’un groupe de travail intégrant les sociétés savantes.
L’AFMT demande expressément à être intégrée, notamment par l’intermédiaire de son conseil scientifique, dans le groupe de travail, dans une optique de transparence et de démocratie sanitaire.
-Mise en regard des données de PV avec celles des études PEPI sur le SNIIRAM (étude d’utilisation et étude de risque)
L’AFMT a demandé à la Direction générale de la santé (DGS), depuis de nombreux mois, et à plusieurs reprises, que ce type de données (dès lors qu’elles sont anonymisées) lui soit communiqué. La DGS a affirmé que c’est impossible.
Et que dit la Direction Générale de la Santé, d’un Comité de suivi de la crise du Levothyrox, à l’autre?
Les documents diffusés s’apparentent à des comptes rendus de séance. Mais ils n’incluent aucunement les interventions, même les plus pertinentes, des associations et notamment celles provenant de ses conseillers scientifiques ou médicaux. Quand l’AFMT l’a demandé, la réponse a été cinglante. « De toutes façons vous ne serez pas d’accord ». C’est encore caviarder.
Quand l’AFMT demande, en séance, que l’accès aux données pertinentes soit facilité, en séance, la DGS fait remarquer, avec l’assurance de son autorité et avec constance, que beaucoup de données sont accessibles. Et qu’il suffit à l’AFMT de les chercher !…. Mais n’est-ce pas justement le travail des responsables du système de santé d’en faciliter l’accès et d’afficher l’essentiel ? Ne pas le faire, c’est à nouveau caviarder.

Conclusion.
La confiance dans l’information sur le médicament, donnée par les dispositifs de l’Etat ou par les Caisses de sécurité sociale, implique que l’information ne soit ni partielle, ni partiale, ni biaisée, ni même parfois éloignée de la vérité.
Dans toute entreprise privée ou publique, la démarche qualité passe par la reconnaissance des erreurs et la remédiation grâce aux comités de retour d’expérience (crex). Apparemment, depuis la période aiguë de septembre, pas grand-chose n’a bougé.
Rappelons aux autorités qu’il ne s’agit pas de traiter de questions statistiques, mais de malades qui souffrent. Il faut donc faciliter l’accès aux données pertinentes afin de favoriser la sortie de crise
La position de deux des autorités de l’Etat est en contradiction flagrante avec la définition de la transparence et de la démocratie sanitaire.
De ce qui précède, tout porte à croire que l’ANSM et la DGS s’efforcent de remettre le mot ancien « caviarder » au goût du jour.
Si les services de l’Etat procèdent de la même façon vis-à-vis de madame la Ministre de la Santé, il y a lieu d’être inquiet sur la pertinence des décisions qu’elle prendra dans le clair-obscur d’informations biaisées ou insincères.

 

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