Lévothyrox. Des plaignants se retirent d’une expertise qu’ils estiment biaisée

Ouest-France avec AFP
Modifié le 25/03/2019 à 18h21
Publié le 25/03/2019 à 16h11Lire le journal numérique
Une quarantaine de plaignants disant souffrir d’effets secondaires liés à la nouvelle formule du Lévothyrox se sont retirés d’une expertise ordonnée par la justice, a annoncé ce lundi 25 mars leur avocat toulousain, pour qui les experts ne recherchaient pas les « véritables causes des malaises subis ».
Selon une quarantaine de plaignants, disant souffrir d’effets secondaires depuis la commercialisation de la nouvelle formule du Lévothyrox, se sont retirés d’une expertise ordonnée par le tribunal de grande instance de Toulouse.
Leur avocat, Me Jacques Lévy a demandé vendredi aux experts – chargés par la justice d’établir « le lien de causalité entre les troubles » de ses clients, « et la prise du Lévothyrox nouvelle formule » – d’examiner le médicament, en particulier les lots qui ont été utilisés par ses clients.
« Il suffit d’analyser les lots qui ont correspondu à des souffrances dramatiques chez les malades pour vérifier scientifiquement, chimiquement, si ces lots comportent une anomalie scientifique », a-t-il développé, lundi lors d’un point de presse à Toulouse.
Mais l’avocat s’est heurté à un refus de la part des experts. De la même manière, il proposait que ceux-ci entendent un chercheur toulousain du CNRS qui a trouvé « des interactions graves » entre les excipients et la molécule du Lévothyrox. Refus à nouveau, selon l’avocat.
Cette expertise « ne sert à rien si on ne va pas analyser le médicament »
« Dans la mesure où on ne va pas rechercher la vérité, nous n’avons rien à faire dans des expertises de ce type », a dit Me Lévy, qui va demander au tribunal un « changement d’experts ».Selon lui, cette expertise « ne sert à rien si on ne va pas analyser le médicament ». « C’est comme si on refusait d’examiner une boîte noire après un crash d’avion ».
Le Lévothyrox, prescrit contre l’hypothyroïdie, a changé de formule en France en mars 2017. À partir de juillet et août, des milliers de patients ont commencé à signaler des effets secondaires parfois très invalidants : fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, douleurs articulaires et musculaires et chute de cheveux.
« Je pense qu’il y a un a priori abominable à l’égard des malades », estime l’avocat. « On a décidé que ce ne pouvait pas être le Lévothyrox mais que c’était un problème psychique chez les malades. C’est inacceptable », et même « une insulte à l’égard des souffrances qu’elles ont subies ».
Lors des expertises, dénonce l’avocat, « on ne fait qu’examiner les malades […] sans chercher ce que demandait le tribunal, c’est-à-dire les liens de causalité entre le médicament et les malaises ressentis par les malades ». Or ce lien de causalité est indispensable pour que les malades puissent être indemnisés pour le préjudice subi.
Le laboratoire Merck a jugé ce refuse « tout à fait fondé »
Faisant état pour sa part d’un rejet de la part des médecins-experts « de la demande de l’avocat d’entamer une discussion d’ordre pharmacologique concernant le médicament », le groupe Merck, fabricant du Levothyrox, a jugé ce refus « tout à fait fondé », la mission des experts « étant de conduire des expertises médicales de ces patients ».
Cité par un communiqué du groupe, Florent Bensadoun, directeur juridique chez Merck France, a déploré que l’avocat ait tenté « un passage en force ». « Avec l’annulation des expertises du jour, l’attitude de leur avocat pénalise en premier lieu les patientes », a-t-il ajouté.










