Compte rendu de la réunion de Bordeaux par une de nos adhérente….
Mercredi 20 octobre 2018 de 13h30 à 19h, Université de Bordeaux, site de Carreire.
PREMIERE JOURNEE DE L’INDEPENDANCE EN MEDECINE EN AQUITAINE
Débat organisé par AquiReAGJIR (Regroupement Autonome des Généralistes Jeunes Installés et Remplaçants d’Aquitaine).
Le Docteur Laurence Dahlem a présenté les intervenants et mené le débat.
- Professeur Jean-Philippe JOSEPH, directeur du département de médecine générale a dit que l’université de Bordeaux était en pointe sur l’indépendance vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique, une charte de déontologie existe, il reste des progrès de visibilité à faire.
La formation est optionnelle, elle pourrait concerner toute la promotion dans le futur.
- Docteur Marco ROMERO, enseignant à la FACRIPP (formation à l’analyse critique de la promotion pharmaceutique) en a présenté le contenu qui concerne 80 étudiants par semestre (14h sur 2 journées). Elle se base sur deux documents de référence : « Comprendre la promotion pharmaceutique et y répondre » traduit par la Haute Autorité de Santé en 2013 et « Pharmfree curriculum ».
La formation contient 6 parties :
I Technique marketing
II Communiquer avec un visiteur médical
III Juger la sécurité et l’efficacité d’un traitement
IV Dispositions réglementaires en matière de gestion des liens d’intérêts et de régulation de la promotion pharmaceutique
V Identifier les conflits d’intérêts dans sa pratique quotidienne et organiser sa formation médicale continue
VI Analyse transversale des moyens d’influence au travers des affaires médiatiques ayant révélé des conflits d’intérêts. Documentaire « médicamenteurs ».
D’autres universités de médecine ont des formations similaires : Brest, Paris-Descartes, Toulouse.
- Docteur Edouard GOBITZ, pharmacien a signalé le rôle que peuvent jouer les associations de patients. Il a dit que dans beaucoup de pays, les médecins affichent naturellement leurs liens avec les laboratoires pharmaceutiques alors qu’en France cela reste tabou.
- Docteur Irène FRACHON, pneumologue, le film « La fille de Brest » qui retrace son combat contre le médiator a été projeté en sa présence.
L’assemblée était constituée d’une cinquantaine de personnes : internes, généralistes, spécialistes, patients…un micro a circulé pour que chacun puisse s’exprimer.
Un membre de la Haute Autorité de Santé a fait la différence entre liens et conflits d’intérêts. Il a signalé que l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris mène une réflexion sur les dispositions à mettre en œuvre pour lutter contre les conflits d’intérêts.
Un médecin généraliste a révélé que, jeune remplaçant, il avait déclaré un problème avec un traitement et avait reçu ensuite une visite inamicale d’un représentant du laboratoire producteur…
J’ai parlé du scandale actuel du Lévothyrox et de mon étonnement devant les similitudes avec le médiator, le fait que L’ANSM ne joue pas son rôle malgré le précédent. J’ai soulevé le fait que l’état ne cherche pas à lever l’inconnu scientifique et que le CNRS blâme le chercheur qui a fait des analyses sur les anciennes et nouvelles formules. J’ai demandé si les médecins devaient déclarer les effets indésirables de leurs patients.
Le Professeur Joseph a répondu que beaucoup de docteurs ne connaissent pas la procédure, qu’en théorie ils sont tenus de la suivre mais que dans les faits ils ne le font que rarement.
Une médecin psychiatre a dit qu’elle avait découvert le changement de formule par ses patients et que cela n’était pas normal. Elle a dit que depuis qu’elle était abonnée à la revue « Prescrire » elle n’avait plus de visiteurs médicaux dans son cabinet, ce qui pose problème pour se tenir informer des nouveautés.
Un ancien médecin de santé navale a dit que les spécialistes seraient très difficiles à convaincre de l’importance de l’indépendance.
Une rédactrice de la revue « Prescrire » est intervenue sur le rôle des archives.
Une dame victime du distilbène a parlé de son parcours et de la perte de ses deux enfants faute d’informations.
Un jeune interne en psychiatrie a fait part de sa très grande surprise d’être démarché dès son premier jour dans le service par une visiteuse médicale fort courtoise qui connaissait ses nom et prénom et qui l’a invité à déjeuner pour lui présenter les produits de son laboratoire.
Le Docteur Frachon a dit qu’il était inadmissible que des repas soient systématiquement offerts aux médecins par les visiteurs médicaux et qu’ils devaient refuser s’ils voulaient garder leur indépendance. Elle a dit que les experts des agences de santé étaient choisis parmi les médecins hospitaliers qui sont victimes d’une captation totale de l’industrie pharmaceutique qui finance les travaux de recherche. Il existe une « matériovigilance » mais les docteurs qui déclarent des problèmes avec des dispositifs de santé ne sont plus soutenus ensuite. Elle constate des avancées du coté des généralistes mais pour les spécialistes l’indépendance est un défi !
A l’issue de la réunion, une fanfare a animé le buffet offert pour poursuivre les échanges dans une ambiance conviviale.
Compte rendu rédigé par Marie P
membre de L’Association Française des Malades de la Thyroïde.










