L’OMS sous l’influence de l’industrie pharmaceutique

 

Thierry Brugvin

Thierry Brugvin est sociologue, auteur du livre, « Les mouvements sociaux face au commerce éthique », Hermès/Lavoisier 2007. 

Introduction 

Cest seulement depuis le début de lannée 2010 que certains médias dénoncent linfluence de lindustrie pharmaceutique sur les pouvoirs publics, tels lOMS et le gouvernement français notamment. Or, la mainmise des lobbies pétrochimiques vis-à-vis de lOMS remonte quasiment à sa création. LONU, et particulièrement lOMS, sont lobjet dun intense lobbying des multinationales, de la création du Global Compact à lONU, en passant par lindustrie du tabac, de lamiante, du nucléaire, jusquaux différentes stratégies malthusiennes mises en oeuvre. Cest aussi ce qui peut expliquer, que si lONU et lOMS sont parvenues à de nombreuses réussites en matière sociale et de santé, les progrès restent lents et non systématiques. En effet, malgré ses faiblesses, lONU est parvenue à de grandes réussites au service des plus pauvres, en particulier avec le programme sur les soins de santé primaire lancé à Alma Ata en 1970, dans les pays où lapport financier était suffisant. Pourtant, lONU, du fait de son influence, est lobjet de tentative de contrôle de la part des Etats dominants et de leurs transnationales, au sein du conseil de sécurité et de chacune de ses agences. 

Cependant, nous allons voir que lONU et lOMS subissent parfois de graves dérives. Or, lEtat français possède une part non négligeable de responsabilité dans la mesure où il est représenté au sein du conseil dadministration de lOMS et quil dispose du droit de veto au conseil de sécurité de lONU. Ce dernier savère lorgane le plus puissant de lONU, mais aussi le moins démocratique. 

La dépendance financière de l’OMS et de l’UNICEF vis-à-vis des entreprises privées 

La dépendance financière de lONU et de lOMS saccroît du fait de la politique libérale qui cherche à diminuer le poids des pouvoirs publics. Le partenariat public-privé se développe, au détriment de la souveraineté des agences des Nations-Unis qui dépendent de manière croissante des financements des entreprises privées et de leurs intérêts commerciaux. Il ne faudrait pas se représenter le conseil dadministration de lOMS comme une boite noire, doù émaneraient des décisions orientées dans une direction immuable et prise de manière absolument cohérente. En réalité, les décisions dorientation qui sont prises sont le résultat de compromis et le fruit de débats parfois houleux. Les conceptions et les intérêts des différents Etats sont en effet fort différents et les décisions prises par leurs représentants sont aussi influencées par les pressions politiques exercées par les multinationales et notamment celles de la santé, par les différents lobbies tel celui de la médecine, par des fondations telle la fondation Rockefeller, par des institutions internationales comme la Banque Mondiale ou le FMI, par les organisations de solidarité internationale. Les Nations-Unies dépendent largement des fonds privés. Le président de la CNN, Ted Turner, sest engagé à verser un milliard de dollars sur dix ans pour financer des programmes des Nations Unies. Bill Gates, président de Microsoft, a déjà versé 400 millions de dollars à lOMS et British Airways a offert 20 millions de dollars à lUNICEF. 

Il existe plusieurs autres partenariats entre lOMS et lindustrie pharmaceutique: LInitiative pour le diagnostic des maladies sexuellement transmissibles (IDMST en 1990) en partenariat avec la Fondation Rockefeller notamment, lInitiative internationale pour le vaccin contre le SIDA (IAVI en1996) avec la fondation Rockefeller ; la Fondation AP Sloan, la Fondation Bill et Melinda Gates, Glaxo Wellcome, Levi Strauss International et bien dautres et encore linitiative pour léradication globale de la Polio, le Programme mondial délimination de la filariose lymphatique . 

Christian Joly rappelle les positions des organisations de solidarité internationale vis-à-vis de lOMS : celles ci «continuent à voir la main des multinationales dans divers programmes de l’organisation. La collaboration de l’OMS, avec les firmes multinationales, est considérée comme une soumission aux lois du marché, au détriment de la satisfaction des besoins des populations»

Les critiques sont moins vives en direction de lUNICEF. Cependant, on est tout de même en droit de sinterroger sur son indépendance à légard des multinationales, dans la mesure où une partie importante de ses programmes concerne aussi la santé et quelle a souvent collaboré avec lOMS, notamment pour la conférence dAlma Ata qui a été organisée avec laide financière de la fondation Rockefeller. Or, à la différence du financement par limpôt, le partenariat et le mécénat des organisations internationales publiques par des intérêts privés, tel Rockefeller, porte le risque de fausser les décisions, au détriment de lintérêt général, de l’indépendance des pouvoirs publics. Les PED subissent une perte croissante de leur autonomie politique, face aux pressions exercées par les multinationales de la santé. Leur autonomie, dans le domaine de la production des médicaments, contribuerait à diminuer les coûts, donc aussi à accroître les quantités disponibles. Le Niger, par exemple, est un des seuls pays en Afrique qui dispose dune industrie produisant des médicaments, or elle a connu de graves difficultés financières, dans les années 1990. La réussite des soins de santé primaires a été meilleure en Inde quen Afrique, en partie parce que celle-ci, a pendant un certain temps, développé sa propre industrie pharmaceutique, constate Jaffré, mais il ajoute que les industriels occidentaux, face à la concurrence qui risquait de sexercer, ont fait en sorte dasphyxier cette industrie naissante du médicament (Jaffré, 1990: 77) On peut donc considérer que les multinationales de la santé, en Afrique, sont non seulement indifférentes aux conséquences que leurs agissements auront sur les populations, mais que si leur santé se dégrade, elles considèrent que cest un marché de plus qui souvrira pour elles. Du moins, si les institutions sanitaires ou les populations sont solvables. 

LO.M.S. incite les industriels à investir dans le Tiers Monde, pour augmenter loffre de médicaments disponibles, mais si la production nationale nest pas protégée, dans quelle mesure cela ne nuit-il pas, à plus long terme, à lautonomie des pays ? 

Le manque d’indépendance des experts, dû aux alliances de classes, nuit à la défense de l’intérêt général. Les parlementaires voulaient en savoir plus, sur le rôle des lobbies, dans les décisions de lOMS sur la grippe H1N1. Cest pourquoi, le 26 janvier 2010, le Dr Keiji Fukada, le numéro deux de lOMS a été auditionné par la commission santé du conseil de lEurope. Ils ont constaté que le Français Bruno Lina, responsable du comité technique de lOMS, virologue au CNRS, est par ailleurs rémunéré par Roche, Novertis, GSK et Sanofi-Pasteur. De même, le Néerlandais Albert Osterhaus est actionnaire de Viroclinics qui développe des traitements contre la grippe A. Malik Peiris et Neil Ferguson sont aussi financés par différents laboratoires, dont Baxter. Il en est de même de certains des membres du comité des sages de lOMS : le Finlandais Juhani Eskola est rémunéré par Novartis et GSK, le Jamaïquain Peter Figueroa, (comité des sages) est financé par Merck. En France, dans le comité de lutte contre la grippe, créé par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, au moins 6 des experts qui y participent sont, eux aussi, rémunérés par lindustrie pharmaceutique: Jean Claude Manuguerra (Roche et Institut Pasteur), Jean Louis Bensoussan (Roche), Sylvie Van Der Werf (Pasteur, GSK), Brigitte Autran (Sanofi-Pasteur), Jean Beytout (Novartis), Catherine Weil-Olivier (Sanofi-GSK-Roche). Le médecin Jean Louis Bensoussan assure que « le ministère de la santé était parfaitement au courant, il fallait nous dire si cela posait un souci ». Les pouvoirs publics semblent donc avoir accepté en connaissance de cause. Cest seulement, parce que des journalistes ont découvert le manque dindépendance de ces experts, que cela a été diffusé dans lopinion publique. Finalement, cela na rien détonnant, car ce sont les pratiques habituelles des hauts représentants des pouvoirs publics, ils appartiennent généralement aux mêmes classes sociales que les élites économiques. Ils ont donc des pratiques et des intérêts relativement concomitants. Cest une illustration supplémentaire de ce que Marx appelle les intérêts de classe, au sein de la lutte des classes. Roselyne Bachelot,elle même avait travaillé auparavant pour un laboratoire pharmaceutique, pendant au moins 12 années. Dans son ancien CV, lorsquelle était au Parlement européen, en 2004, elle détaille son « activité professionnelle » : « Déléguée à linformation médicale – laboratoires ICI Pharma – de 1969 à 1976. Chargée des Relations Publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989″ . 

Le lobby militaro-nucléaire est aux commandes de l’AIEA et de l’OMS. « Depuis la signature, le 28 mai 1959, de lAccord OMS-AIEA (WHA 12-40), lOMS paraît soumise à lAgence Internationale de lEnergie Atomique (AIEA), pour ce qui concerne les risques liés à la radioactivité artificielle, notamment dans létude des conséquences sanitaires de lexplosion de Tchernobyl. Professionnels de la santé »( Independentwho, 2/12/ 2007). 

Cest pourquoi, le 26 avril 2007, les ONG Enfants de Tchernobyl Belarus, CRII-RAD, Réseau Sortir du nucléaire, ContrAtom Genève (parmi de nombreuses autres ONG) ont lancé un appel pour lindépendance de lOMS. Cet accord du 28 mai 1959 contraint lOMS, avant toute déclaration publique portant sur les problèmes de santé liés au nucléaire, à consulter auparavant lAIEA, afin de « régler la question d’un commun accord » . Larticle III « prévoit de prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de certains documents ». LAIEA est elle-même sous linfluence de lindustrie nucléaire civile (Areva) et militaire. Auparavant, lOMS avait déjà été soumise à la pression de lobbies du tabac, de lamiante (Saint-Gobin), à celle des laboratoires pharmaceutiques, etc. (Independentwho, 22/03/2007). 

En 1995, lOMS avait bien organisé un colloque sur les conséquences de Tchernobyl, avec 700 chercheurs, médecins, scientifiques. Michel Fernex, le représentant de lAssociation des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPWN) affirme que les actes de ce colloque ont tout simplement été censurés. Les lobbies nucléaires et lAgence internationale de lénergie atomique ont pesé de tous leurs poids, pour que les interventions et les minutes de cette rencontre ne soient pas publiées (Bach, 2002). « Le Dr. Nakajima, alors Directeur Général de l’OMS, confirme en 2001, devant la TV suisse italienne, que la censure des actes est due aux liens juridiques entre l’OMS et l’AIEA (…). Cette dernière dépend du Conseil de Sécurité, d’où elle coordonne la promotion du nucléaire commercial. Tandis que l’OMS et les autres agences dépendent seulement du Conseil Economique et Social ». 

En effet, pour les Etats membres du Conseil de sécurité, tels que les Etats-Unis, ou la France, le développement de lindustrie nucléaire civile est étroitement lié à lindustrie nucléaire militaire. Dominique Lorentz explique que les Etats-Unis, depuis la Deuxième Guerre mondiale, ont fourni à la France et via cette dernière, les secrets de la technologie nucléaire à plusieurs nations. Il sagit notamment dIsraël, de lAfrique du Sud (pendant lapartheid), de lIran, de lIrak afin de renforcer le camp anti-communiste (Lorentz, 2001). Paradoxalement, la soi-disant présence darmes nucléaires était le principal motif de la guerre contre lIrak en 2003. LEtat français et Nicolas Sarkozy ont encore accéléré la dissémination du nucléaire, en négociant la vente de centrales nucléaires à la Libye en 2007. 

« Pour les projets de recherche, « régler la question d’un commun accord » avec l’AIEA, conduit à censurer l’expression de l’OMS, dans le domaine des accidents nucléaires (…). L’annexe au programme des Conférences OMS de Genève mentionne que « début 1990 L’OMS est invitée par le Ministère soviétique de la Santé à mettre sur pied un programme international d’aide». « Mai 1991 Achèvement du projet international par les soins de l’AIEA ». Ainsi, c’est l’AIEA qui a fourni les plans demandés par le Ministre de la Santé de l’URSS, en lieu et place de l’OMS. Ceci explique que les atteintes génétiques, connues pour être essentielles depuis la publication, en 1957, du rapport d’un groupe d’étude réuni par l’OMS sur les « Effets génétiques des radiations chez l’homme », aient été omises, les caries dentaires ayant pour l’AIEA une plus haute priorité »

En 1995, lAIEA contestait les morts et les cancers de la thyroïde chez les enfants vivant à proximité de Tchernobyl. Sous la pression des chercheurs et des associations, à partir de 1996, les chiffres officiels commencent à évoluer. 

A la conférence de lOrganisation Mondiale de la Santé (OMS) de Kiev du 4 au 8/6/2001, M. A. Gonzales, représentant de lAgence Internationale pour lEnergie Atomique (AIEA), déclare que: «Tchernobyl a causé 31 morts, 2000 cancers évitables de la thyroïde chez l’enfant et qu’à ce jour il n’existe aucune preuve, validée internationalement de l’impact sur la santé publique qui soit attribuable à Tchernobyl par expositions» (aux radiations) (Jougneau, 2004 :106). Or, il y a entre 600 000 à 800 000 « liquidateurs », des pompiers, des militaires, des civils qui ont été chargés de réparer les dégâts liés à lexplosion de nucléaire de la centrale et de faire disparaître toutes traces des conséquences de la catastrophe, en sexposant directement aux radiations (GSBPCCPCS , 1986). 

Selon le député de Bélarus, A.E Volkov, dans son pays, il y a aujourdhui, 85% des enfants des régions contaminées sont malades ; avant lexplosion ce nétaient que 15% (Pena Vega, 2002). Le Médecin-chef de la Fédération de Russie signalait, en 2001, que 10% des 184.000 liquidateurs russes étaient décédés et quun tiers était invalide. LUkraine a fourni 260.000 liquidateurs. Selon le communiqué de presse de lambassade dUkraine à Paris, publié le 25 avril 2005, 94,2% dentre eux étaient malades en 2004. « Lors des Conférences de Kiev en 2001, on apprenait que 10% de ces travailleurs sélectionnés étaient décédés (la moitié étant de jeunes militaires) et quun tiers était gravement invalide, la situation se détériorant rapidement. Lambassade dUkraine comptait 87,85% de malades chez les habitants des territoires encore radiologiquement contaminés. La proportion des malades augmentait dannée en année » (Independantwho 2/12/2007). Enfin, selon Alla Yarochinskaga il y a eu « 70 000 mineurs dont la plupart sont morts en plaçant des tuyaux de refroidissement sous la dalle du réacteur pour éviter une explosion thermonucléaire »(Yarochinskaga, 2004). 

Dans le même ordre didée, la France, entre 1960 et 1996 , na pas hésité, à réaliser des 193 explosions nucléaires militaires expérimentales grandeur nature. Il semblerait quelle visait aussi à étudier limpact de la radioactivité nucléaire sur lêtre humain. «Environ 150.000 personnes ont participé, en tant que personnel civil et militaire, aux 210 essais nucléaires français – dont une cinquantaine en atmosphère – réalisés au Sahara algérien entre 1960 et 1962, puis en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, entre 1960 et 1996». Larmée française a ainsi effectué des explosions nucléaires expérimentales, sans protéger suffisamment les salariés appartenant à la population locale et les soldats français. Le 27 avril 2009, la justice a examiné les dossiers de huit plaignants, dont trois étaient encore survivant. Le 26 novembre 2008, Hervé Morin, le ministre de la Défense, a donc reconnu que ces essais ont engendré des maladies et il a annoncé une prochaine loi, sur lindemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara et en Polynésie. 

LURSS, la Chine et Les Etats Unis ont fait de même. Dans le désert du Nevada, entre janvier 1951 et 1962, ces derniers ont réalisé plus de 100 dexplosions atomiques à lair libre . En 1980, à Salt Lake City, il y eut 1992 plaignants accusant ladministration centrale Etats-uniennes dêtre responsable des maladies que cela leur a occasionnées, mais le nombre de personnes atteintes est bien supérieur à ce chiffre. Certains estiment que les bombes nucléaires, sur Hiroshima et Nagasaki, nétaient pas nécessaires, pour mettre fin à la guerre contre le Japon. Ils considèrent donc que le gouvernement des Etats Unis a sacrifié des milliers de personnes civiles à des fins expérimentales sur les populations, mais surtout, pour montrer ainsi la puissance nouvelle des USA, afin de disposer dun avantage psychologique futur sur le pays ne disposant pas de la bombe nucléaire. En effet, une seule bombe aurait suffi pour cela. On voit donc à nouveau que la puissance des intérêts militaro-industriels passe généralement avant lintérêt des populations. 

Les lobbies du tabac et de l’amiante mettent l’OMS sous pression. Parallèlement aux lobbies nucléaires, les lobbies du tabac et de lamiante ont exercé une influence considérable sur lOMS. Une série de procès, contre les industriels du tabac, sest tenue aux Etats-Unis. Par exemple, entre 1996 et 2003, sur 40 procès jugés, 12 procès ont été perdus par lindustrie du tabac, pour un montant de 377 millions $ damende, contre Philip Morris (groupe Altria) et Brown & Williamson (groupe BAT et Ligett) ) (Deffains, 2006). « Ces procès lancés aux États-Unis contre des fabricants de tabac, dans les années 1990, ont permis de découvrir des millions de documents internes et confidentiels révélant les comportements délinquants de l’industrie du tabac. Ces documents ont dévoilé les stratégies des industriels du tabac pour contrer les politiques de santé publique. Ils ont, en effet, délibérément caché qu’ils savaient depuis les années 1960 que la cigarette était nocive, que la nicotine engendrait une dépendance physique importante et qu’ils jouaient sur la teneur en nicotine des cigarettes pour en augmenter les effets » (Toxic-corp, 2007). 

Gro Harlem Bruntland, lorsquelle dirigeait lOMS en 2000, a demandé un rapport sur le rôle de lindustrie du tabac. Ce rapport, publié le 2 août 2000, accuse lindustrie du tabac dêtre «active, organisée et calculatrice» de «saper son action pour la santé», de «subversion» de lOMS. En effet, la liste des stratégies adoptées est longue. « L’industrie du tabac aurait donc tenté d’influencer les membres de l’OMS, en leur offrant des emplois et ainsi tirer avantage de leurs contacts avec l’Organisation,pour influencer le contrôle du tabac par celle-ci, faire pression sur les budgets de l’OMS consacrés à ce contrôle… espionnage, propagande, falsification, campagnes de dénigrement, financements philanthropiques pour gagner les faveurs de l’OMS, (telles que des campagnes de vaccination), utilisation d’autres agences de l’ONU ou de la Banque mondiale pour obtenir des informations ou faire pression sur l’OMS » (Zeltner, 2000). 

Il avait été scientifiquement démontré, depuis les années 60, que lamiante est cancérigène et que ses victimes se comptaient par milliers. « Or, pendant les années 80 et 90, sous couvert de rapports « officiels » de l’OMS et du Bureau International du Travail (BIT), les « experts » de l’industrie vont tenter de faire accepter, comme vérité scientifique, un double message : l’amiante blanc (chrysotile) est peu ou pas toxique son « usage contrôlé’ » est possible » (Thébaud-Mony, 2000). Ces tentatives ont échoué finalement, grâce à laction de chercheurs indépendants, tel Castleman (1998) dénonçant laction des lobbies, au sein des organisations internationales. 

Ne pas respecter les lois sanitaires, permet parfois aux transnationales d’accroître leurs profits. Certaines transnationales nhésitent pas à entreprendre des essais de protocoles et de médicaments, sans laccord des patients. Le gouvernement nigérian a porté plainte contre le laboratoire américain Pfizer, car il accuse le premier groupe pharmaceutique mondial davoir testé en 1996, un médicament sur 200 enfants lors dune épidémie de méningites qui ont tué 11 dentre eux et en a laissé handicapés de nombreux. Cette histoire a été popularisée par le film « The constant Gartner », tiré dun roman de John le Carré. 

Aux Etats Unis, ladministration nationale a été inculpée, car elle contraignait des enfants malades du Sida à expérimenter de nouveaux médicaments pour lindustrie pharmaceutique, en profitant du fait que laccord de leurs parents était difficile puisquils étaient orphelins et sous la responsabilité de lassistance publique. « Le géant de l’industrie pharmaceutique GlaxoSmithKline est mêlé au scandale. L’entreprise a sponsorisé des expériences sur des enfants de l’Incarnation Children’s Centre, un centre de l’assistance publique à New York, spécialisé dans le traitement des malades du VIH et dirigé par des oeuvres de bienfaisance catholiques ». Glaxo a sponsorisé au moins 4 essais médicaux depuis 1995 dans lesquels ont servi des enfants noirs et hispaniques du centre Incarnation. Ces essais, sur des enfants atteints du VIH à leur naissance, étaient expérimentaux et les effets secondaires potentiellement dangereux, car cela consistait à de « essais cliniques de phase 1 » figurant donc parmi les plus risqués. Certains de ces essais visaient à tester la « toxicité » des médications contre le SIDA. Le service de la santé de la ville a enquêté sur cette affaire et a relevé que plus de 100 enfants du centre Incarnation ont été utilisés dans 36 expériences, dont au moins 4 sponsorisées par lentreprise Glaxo . 

Les dirigeants des grandes entreprises saffranchissent parfois de lEtat de droit à travers des expérimentations sanitaires illégales, ou en vendant des médicaments non homologués, frelatés, faux…. Le marché parallèle des médicaments notamment, est en forte progression, avec les petits vendeurs ambulants et illicites qui proposent des médicaments ou distribuent des injections, dans la rue et sur les marchés. La mafia alimente ce marché noir et les faux médicaments prennent un essor dramatique, ce qui engendre de nombreuses victimes. LOMS estimait que 60% des médicaments circulant en Afrique et 30% au Brésil sont des contrefaçons, plus ou moins efficaces ou dangereuses et elle évaluait le chiffre daffaires de ce secteur à 80 milliards de francs français environ. Le commerce illicite de médicaments est dautant plus aisé que les produits génériques sont souvent livrés sans notices dutilisation et que les lois en vigueur concernant les contre indications sont beaucoup plus laxistes pour les pays en développement. Ces pays permettent à certains revendeurs sans scrupule, parfois grâce à la mafia, découler les stocks de médicaments déjà périmés. Les considérations humaines deviennent inexistantes, lorsque se profile la perspective de bénéfices considérables… 

La concurrence entre laboratoires pharmaceutiques, stimule encore les dérives de lindustrie pharmaceutique. En 2005, un reportage sur Arte, expliquait ainsi, que deux chercheurs américains se sont battus pour être le premier à trouver un vaccin anti-variolique et celui qui a gagné la créé à partir de reins de singe. Cest à ce moment, que le virus du Sida qui était présent auparavant chez certains singes, serait passé à lhomme. Ce serait donc lambition et la volonté de créer le premier un vaccin brevetable par lindustrie pharmaceutique, qui serait à lorigine de ce manque de précaution. 

Contrôler les institutions de protection de la santé permet de favoriser les intérêts du capitalisme pharmaceutique. Lavocat Jean Dury explique que « l’AMA (Association Médicale Américaine) fut fondée en 1847, dans le but officiel de l’amélioration des pratiques de santé». Dès 1910, le Flexner Report a favorisé la médecine scientifique afin d’éliminer toute autre philosophie », écrit Dury. Le rapport Flexner fut commandé par lAMA à la Carnegie Foundation qui appartient à la famille Rockefeller « dans le but d’entreprendre une inspection de toutes les universités et écoles de médecine tant aux États- Unis qu’au Canada, afin de montrer si elles dispensaient leurs enseignements, en tenant compte de la nouvelle médecine scientifique moderne. Dans son étude entreprise en 1905, Simon Flexner, engagé par la Carnegie Foundation, dénigra systématiquement les écoles de naturopathie, homéopathie, etc… car non conformes à l’approche scientifique. Il fallait ainsi faire disparaître plusieurs écoles et aussi plusieurs médecins encombrants et compétiteurs. Le résultat fut accompli. En 1907, il y avait 160 écoles de médecine aux États-Unis et en 1914, soit 4 ans après la sortie publique du Rapport, il n’en restait qu’une centaine. (…). Le contrôle se fit sentir sur le plan juridique également. Le “ Pure Drug and Food Act ” de 1906 annonce la prohibition et engendra en 1908 le premier d’une longue série de procès intentés contre les adeptes de la médecine traditionnelle, dont la source principale de remèdes provenait des plantes. Cette pharmacopée non brevetable ne pouvait intéresser la finance qui flairait déjà le potentiel de l’approche allopathique où le profit était impossible sans brevets ». Le Dr Richard Kunnes a siégé à lAMA et brûla sa carte de membre, durant une réunion de lAMA, pour protester contre la mainmise des intérêts des transnationales dans cette institution publique. 

En 1906, est signé le Food and Drug Act, puis en 1927 est créé la Food, Drug, and Insecticide Administration. Elle est renommée, en 1930, du nom de Food and Drug Administration – (FDA: Administration de lalimentation et des médicaments). Le vétérinaire Burroughs qui travaillait pour la FDA affirme que « le dossier fourni par Monsanto (à la FDA) était aussi haut que moi […] Or, le règlement de la FDA nous impose de ne pas dépasser un délai de cent quatre-vingts jours pour analyser les données (…). En fait, c’est une technique des entreprises pour décourager un examen minutieux : elles envoient des tonnes de papiers,en espérant que vous vous contenterez de les survoler (…)». Burroughs, quand il a vu que des « données manquaient », demande à lentreprise de « revoir sa copie » (…). « Il est dabord suivi dans sa requête par la FDA, avant de se trouver « mis sur la touche » (…). « On m’a bloqué l’accès aux données que j’avais moi-même demandées, jusqu’à ce que je sois complètement dépossédé du dossier. Et puis, le 3 novembre 1989, mon chef m’a raccompagné à la porte, c’était fini pour moi [licencié] (…) pour incompétence». « L’agence a sciemment fermé les yeux, sur les données dérangeantes, parce qu’elle voulait protéger les intérêts de la société, en favorisant au plus vite la mise sur le marché de l’hormone transgénique…» .

Alfred N. Richards préside lAcadémie Nationale des Sciences à Washington. Or, il est un des administrateurs et des actionnaires principaux de Merck et Co, un des piliers du capitalisme pharmaceutique . Par conséquent, on relève à nouveau un conflit dintérêts entre les intérêts privés et publics, qui se révèle défavorable à lintérêt général, et défavorable aux médecines naturelles, telles que la phytothérapie, ou lhoméopathie. 

LOMS a créé, en 1963, la Commission du Codex Alimentarius. Elle a pour fonction de définir des normes alimentaires (normalisation) en vue dassurer la sécurité alimentaire et les échanges internationaux. Les directives ont donc un impact majeur, sur le commerce alimentaire et la concurrence, entre les industriels du secteur alimentaire et pharmaceutique. « La Commission du Codex ayant adopté, lors de sa session de juillet 1995, à l’initiative de certains pays anglo-saxons, des limites maximales de résidus pour cinq hormones naturelles interdites dans la Communauté, les Etats-Unis et le Canada attaquèrent, devant l’OMC, les mesures communautaires interdisant l’importation des viandes d’animaux traités avec ces hormones. En août 1997, l’OMC donna tort à la Communauté en estimant que la réglementation communautaire était non fondée et discriminatoire ». En représailles, « depuis le 29 juillet 1999, les Etats-Unis imposent des droits de douane de 100% sur des produits gastronomiques européens représentant une valeur globale de 116.8 millions US dollars ». On voit donc, à travers cet exemple, que les enjeux financiers sont énormes, autour du Codex alimentarius et plus généralement de la législation internationale, notamment à lOMC. 

Le 13 mars 2002, le parlement européen a adopté des lois conformes au codex alimentarius, qui favorise la pharmacopée chimique au détriment des thérapies naturelles et des suppléments alimentaires. Le lobbying habituel des représentants des transnationales envers les députés européens a donc été efficace. Bien que la commission européenne ait reçu une pétition signée par 438 millions de personnes qui protestaient contre cette nouvelle directive européenne, elle a néanmoins été adoptée. Cette dernière est entrée en application depuis juillet 2005 et vise progressivement à faire disparaître les médecines naturelles, telle lacupuncture. 

Codex alimentarius, qui devrait être un moyen de protection de la santé, se montre en réalité très laxiste concernant les pesticides, les hormones, et les antibiotiques dans la nourriture. Par exemple, laflatoxine est une des substances les plus cancérigènes pour lêtre humain. Elle est issue dune moisissure produite dans les denrées mal récoltées et mal stockées, qui est notamment présente dans le lait, les arachides, les amandes et dautres nourritures. En 2008, le Codex Alimentarius a défini un taux maximal daflatoxines totales de 10 µg/kg dans les amandes, noisettes et pistaches prêtes à la consommation, ce qui représente un taux supérieur à celui actuellement en vigueur dans lUE fixé dans le règlement (CE) n°1881/2006 de la Commission, qui limite le taux daflatoxines à 4 µg/kg totales. Le taux maximum daflatoxines est donc de 60% supérieur dans le Codex. En effet, limposition dun niveau maximum de 4 µg/kg daflatoxines limiterait le commerce international, donc les profits des transnationales. 

Les multinationales sont au coeur des programmes de santé et de vaccination. Le Programme Élargi de Vaccination (PEV) de lOMS est sous linfluence de lindustrie pétrochimique et dépendant de son financement. Le PEV a été créé par lOMS, en 1983, pour atteindre son objectif de la «Santé pour tous en lan 2000». Un comité pour vacciner les enfants du monde est alors constitué par Robert Mc Namara, (alors ancien président de la Banque Mondiale), Jonas Salk, directeur du Salk Institute, qui fabrique des vaccins et des réactifs biologiques, notamment pour larmée américaine. Le Salk Institute a un département qui travaille sous contrat avec le Pentagone. Le Wall Street Journal du 5 avril 1988 rapportait que le Salk Institute avait conclu un contrat avec larmée américaine de 32,3 millions de $ pour la production de vaccinations et de réactifs biologiques. Léopold Sédar Senghor, qui était lancien président du Sénégal faisait aussi parti du comité. De même que Van den Hoven, président dUnilever, une multinationale dont une des activités vise à produire et exporter la monoculture darachides dans les PED. Or, Unilever est le plus important fabricant de margarine, dhuile et de savon du monde entier. En 1984, pour réaliser la vaccination de tous les enfants du monde, cinq organisations lO.M.S., lUnicef, la Banque Mondiale, le PNUD, la Fondation Rockefeller unissent leurs efforts et fondent ensemble la Force dintervention pour la Survie de lEnfant. LUnicef est alors encouragée, par la Fondation Mérieux (qui possède 30 % du marché mondial de la fabrication des vaccins) et linstitut Pasteur (Lanctot, 2002). 

De même, dans le but de récolter des fonds, afin de faire la promotion de la Convention internationale relative aux droits de lenfant, lUNICEF, a proposé des partenariats avec le secteur privé. Le 19 juillet 2002, lUNICEF et la multinationale MacDonalds ont annoncé leur collaboration, dans la création de la première Journée mondiale des enfants de Mac Donalds (Balanya, 2005 : 363). Les agences de lONU, tel lOMS moyens, ce qui contribue au fait quelles acceptent les subsides quon leur tend, créant ainsi des partenariats contre nature. Mais surtout, on observe que les pouvoirs publics semblent se poser rarement la question de leur indépendance économique, au point de biaiser la recherche et les programmes de santé, en faveur des intérêts des transnationales. 

Conclusion 

Nous avons donc pu observer que les agences de lONU, telle lOMS en particulier,sont parcourues de conflits multiples. Dun côté, certains cherchent à mettre en place des politiques sanitaires et sociales ambitieuses. De lautre, certains tentent, à travers des politiques néo-libérales, den réduire le coût et donc finalement la portée. Les transnationales de lindustrie pharmaceutique, de lamiante, du tabac, du nucléaire, etc., tentent dinfluer sur les politiques et les normes des agences de Nations Unies. Elles le font directement, avec des pratiques de lobbying, de corruption. Mais elles agissent aussi par le biais de leurs gouvernements, qui viennent encore limiter limpact et lorientation sociale des politiques mises en oeuvre, notamment à lOMS et à lUnicef, dans le cadre des politiques libérales de privatisation des services publics.

Mercredi 23 Mars 2011

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