Coronavirus : Bayer va relancer en Europe sa production de chloroquine
Le groupe pharmaceutique allemand reprend la fabrication de l’un de ses vieux médicaments indiqué en prévention de la malaria, le Resochin.
Par Cécile Boutelet Publié le 11 avril 2020 à 14h45

Alors que la tempête Covid-19 s’est abattue sur la planète, le groupe pharmaceutique et agrochimique Bayer semble se souvenir de la formule attribuée à Churchill : « Never waste a crisis » [il ne faut jamais gaspiller une crise]. Le PDG du groupe allemand, Werner Baumann, a récemment rompu plusieurs mois de relative discrétion pour annoncer, en première page du quotidien économique Handelsblatt, comment son groupe pouvait jouer un rôle de premier plan dans la crise liée au coronavirus.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Bayer empoisonné par une cascade de procès contre Monsanto aux Etats-Unis
Dans une longue interview, le 2 avril, il explique que Bayer a relancé la production de Resochin, un de ses vieux médicaments indiqué en prévention de la malaria, à base de… chloroquine. La molécule suscite actuellement des espoirs dans le traitement du virus Covid-19, malgré ses effets secondaires potentiellement graves. « Il y a des indices permettant de penser que le Resochin, en laboratoire et dans les premiers essais cliniques, est capable de baisser la charge virale, » explique M. Baumann, précisant que des études cliniques complémentaires étaient nécessaires pour évaluer le rapport bénéfices/risques de la molécule.
Des millions de pilules
Jusqu’ici, le médicament, sur le marché depuis plus de 80 ans, n’était plus produit que dans une usine du groupe au Pakistan. A cause d’une résistance des parasites porteurs de la malaria au médicament, Bayer avait cessé sa commercialisation l’été dernier. Mais au vu de la demande qui pourrait exploser, le groupe a annoncé son intention de relancer la production en Europe. Qu’on ne voie surtout pas cette décision comme une stratégie pour s’assurer une place de choix sur un marché potentiellement porteur, a insisté M. Baumann : Bayer met le médicament gratuitement à disposition des gouvernements pendant la crise. Fin mars, 3 millions de pilules de Resochin ont ainsi été livrées aux Etats-Unis.
Bayer n’est pas le seul groupe pharmaceutique à offrir sa chloroquine pour la lutte contre le Covid-19. Des concurrents du groupe allemand comme Novartis, Sanofi et l’israélien Teva multiplient aussi les dons. Reste que Bayer joue gros dans cette affaire. La crise actuelle est une occasion inespérée de redorer, grâce à son expertise pharmaceutique, une image qui s’était considérablement dégradée depuis le rachat, à l’été 2018, du semencier et agrochimiste américain Monsanto. Le groupe allemand est toujours aux prises aux Etats-Unis avec des milliers de plaintes d’utilisateurs de glyphosate, la molécule phare de Monsanto, qu’ils accusent de les avoir empoisonnés. Après plusieurs échecs majeurs devant les tribunaux, Bayer s’est récemment résolu à tenter une médiation avec les plaignants afin de cesser les poursuites.Lire aussi Coronavirus : Sanofi promet 100 millions de doses d’hydroxychloroquine, mais reste prudent sur son efficacité
Pour Werner Baumann, l’affaire Monsanto s’était soldée, il y a un an, par une humiliation cuisante face aux actionnaires du groupe, qui l’avaient sanctionné lors de l’assemblée générale (AG) en refusant de voter le quitus. Une première dans l’histoire du capitalisme allemand. La prochaine AG est prévue le 28 avril. Pour cause de pandémie de coronavirus, la réunion se tiendra cette année uniquement sur Internet.










