Les dessous des ruptures

mars 2019

Le plan en six points des industriels du médicament remet la question des pénuries sur le devant de la scène. Le gouvernement prépare des annonces.

Et si, parmi toutes les causes de rup­ture de stock pos­sibles et ima­gi­nables des mé­di­ca­ments, leur prix en était une ? Phi­lippe La­mou­reux, di­rec­teur gé­né­ral du Leem (Les en­tre­prises du mé­di­ca­ment), n’en fait pas mys­tère : « Les mo­lé­cules en rup­ture sont sou­vent des mo­lé­cules an­ciennes, peu chères, voire gé­né­ri­quées », a-t-il rap­pelé le 19 fé­vrier der­nier lors de la pré­sen­ta­tion du plan en six points des in­dus­triels pour lut­ter contre les pé­nu­ries de mé­di­ca­ments. De fait, la ma­jo­rité des rup­tures de stock concerne les anti-in­fec­tieux (an­ti­bio­tiques, vac­cins…), les mé­di­ca­ments du sys­tème ner­veux cen­tral ou cer­taines chi­mio­thé­ra­pies. Tho­mas Bo­rel, di­rec­teur des af­faires scien­ti­fiques du Leem, pré­co­nise ainsi l’ou­ver­ture de né­go­cia­tions avec le Co­mité éco­no­mique des pro­duits de santé (CEPS), dans la me­sure où « 7 % des causes de rup­tures sont liées à des contraintes éco­no­miques ».

Re­voir le cir­cuit d’in­for­ma­tion

Les in­dus­triels n’ou­blient pas pour au­tant d’épin­gler les « short li­ners », ces spé­cia­listes de l’ex­por­ta­tion pa­ral­lèle de mé­di­ca­ments quand le dif­fé­ren­tiel de coût entre deux pays le jus­ti­fie éco­no­mi­que­ment. Un com­merce certes lé­gal mais qui a « un ef­fet d’ag­gra­va­tion sur les rup­tures », note Phi­lippe La­mou­reux. Le par­tage d’in­for­ma­tions est éga­le­ment au cœur du su­jet, puisque le Leem constate qu’elles « n’ar­rivent pas de ma­nière suf­fi­sam­ment étayée aux phar­ma­ciens d’of­fi­cine ; nous tra­vaillons en ce mo­ment avec l’Ordre des phar­ma­ciens pour amé­lio­rer le DP-rup­tures. De plus, le mé­de­cin n’a au­cune in­for­ma­tion au mo­ment de pres­crire sur d’éven­tuelles ten­sions ou des rup­tures d’ap­pro­vi­sion­ne­ment ». En­fin, comme cela avait été évo­qué fin jan­vier, les in­dus­triels pré­co­nisent de concen­trer la lutte contre les pé­nu­ries sur un nombre res­treint de mé­di­ca­ments, ap­pe­lés Miss, pour mé­di­ca­ments d’in­té­rêt sa­ni­taire et stra­té­gique (Miss).  

Du côté de Sé­gur

En ef­fet, les mé­di­ca­ments d’in­té­rêt thé­ra­peu­tique ma­jeur (MITM), créés en 2017, re­pré­sentent près de 40 % de la Phar­ma­co­pée ! Le dé­but de la fin des pé­nu­ries de mé­di­ca­ments ? Le gou­ver­ne­ment semble s’être em­paré du su­jet : « Nous avons […] ana­lysé les dif­fé­rentes pro­po­si­tions [et] en­gagé sur cette base des tra­vaux », a ex­pli­qué Adrien Ta­quet, se­cré­taire d’État au­près de la mi­nistre de la Santé lors d’un dé­bat à l’As­sem­blée na­tio­nale, suite à la re­mise du rap­port sé­na­to­rial. Le plan d’ac­tions vi­sera à « ren­for­cer les moyens de lut­ter contre les rup­tures de stock » au­tour de « trois axes ma­jeurs ». Le sus­pense est à son comble.

Par Laurent Simon

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