Le Cytotec, un scandale sanitaire typiquement français

Dans l’affaire du Cytotec se retrouvent tous les ingrédients présents dans les grands scandales pharmaceutiques des dernières années.

accouchement

Bref rappel des faits:  le Cytotec (nom commercial du misoprostol) est un produit antiulcéreux, fabriqué par le laboratoire américain Pfizer. Très peu utilisé en gastroentérologie, il l’est surtout en gynécologie, essentiellement pour l’IVG et le déclenchement artificiel de l’accouchement à terme. Or, cet usage détourné comporte des risques de surdosage, à l’origine de graves accidents, notamment une déchirure de l’utérus pouvant entraîner la mort de l’enfant ou de la mère.

Le retrait du médicament du marché français, pour mars 2018, a été annoncé ce jeudi jeudi 19 septembre à l’occasion des sixièmes Etats généraux des infections nosocomiales, organisée par l’association Le Lien.

Bien qu’aucune de ces affaires ne soit comparable et que les amalgames soient très réducteurs, des facteurs communs ont été à l’origine des grands scandales pharmaceutiques qui ont éclaté ces dernières années : Dépakine, Médiator, Uvestérol D, Levothyrox… Des ingrédients qu’on retrouve dans cette nouvelle affaire.

Des autorités sanitaires trop faibles.

Comme dans l’affaire de la Dépakine, qui implique la responsabilité de l’Agence du médicament (ANSM), les autorités sanitaires n’ont pas suffisamment joué leur rôle de gendarme. Certes, les autorités de santé avaient lancé en 2013 une mise en garde – à l’attention des professionnels de santé. Elle alertait les professionnels de santé des  » risques liées à une utilisation hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) de spécialités qui n’ont pas d’indication prévue dans le déclenchement artificiel du travail. L’alerte signale au passage des incidents survenus aux Etats-Unis, le Cytotec ayant été administré par voie vaginale (et non par voie orale) lors d’interruptions volontaires de grossesse.

L’association Timeo estime que la mise en garde ne suffit pas, puisque des professionnels de santé ont persisté à l’ignorer. Le laboratoire Pfizer a annoncé ce mercredi qu’il allait retirer le médicament du marché français. Cité par le journal Le Parisien, le président de l’Ordre des médecins, le docteur Patrick Bouet, a lui aussi mis en cause l’Agence du médicament : « Au minimum il y a un déficit de communication de l’ANSM à notre égard. Nous allons nous retrouver avec une crise sanitaire, liée au retrait de ce médicament, avec des femmes qui vont être inquiètes, et nous aurions dû être prévenus ».

Des hôpitaux sous pressions

Depuis des années, les hôpitaux sonnent l’alerte : les contraintes budgétaires auxquelles ils sont soumis met l’ensemble du système sous pression. Au risque de faire des arbitrages économiques dangereux pour les patients. Les médicaments à base de prostaglandines prévus pour le déclenchement artificiel du travail, en gel ou en tampon, coûtent beaucoup plus cher que le Cytotec (30 centimes le comprimé), ce qui a poussé certains établissements à préférer le traitement le moins cher… et le moins sûr.

Des patients mal informés

Dans l’affaire de la Dépakine, il aura fallu plus d’une décennie avant que les patients soient très clairement informés des risques pour le fœtus liés à la prise de cet antiépileptique pendant une grossesse. Dominique Martin, le directeur général de l’ANSM, a promis de faire progresser la démocratie sanitaire. Le nouveau scandale du Cytotec prouve que du chemin reste à faire : « Les femmes victimes de déclenchements abusifs (d’accouchement) ne reçoivent aucune information sur l’absence d’AMM du Cytotec en obstétrique, sur l’existence d’alternatives autorisées et plus sécuritaires, ni sur les risques encourus », affirme l’association Timeo.

Un lanceur d’alerte en première ligne

Quand les autorités sanitaires ne jouent pas leur rôle, la société civile est en première ligne. Le médecin pneumologue Irène Frachon avait révélé le scandale du Médiator. Dans l’affaire de la Dépakine, Marine Martin, présidente de l’Apesac, atteinte d’épilepsie et mère de deux enfants malades, a joué un rôle déterminant. Plus récemment, les effets secondaires du Levothyrox – plutôt une crise sanitaire qu’un scandale – ont été connus grâce à la mobilisation de Chantal L’Hoir, présidente de l’Association française des malades de la tyroïde, relayée par l’actrice Annie Duperey.

Pour le Cytotec, l’alerte a été lancée par Aurélie Joux, fondatrice de l’association Timéo, mère d’un petit garçon lourdement handicapé après un accouchement déclenché par ce médicament.

 

Par Delphine Dechaux le 19.10.2017 à 17h20

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