Levothyrox. Confirmation de la mise en examen de Merck et de l’ANSM pour tromperie aggravée : « ce que j’ai vécu, c’est comme un empoisonnement »

La justice valide les mises en examen des laboratoires Merck et de l'ANSM

Écrit par Karine Pellat et AFP

Publié le 07/05/2025 à 12h59

La mise en examen des laboratoires Merck et de l’ANSM, L’agence nationale de sécurité du médicament, vient d’être confirmée par la cour d’appel d’Aix-en-Provence (13). Une grande victoire pour des milliers de malades qui souffrent depuis 2017 de la nouvelle formule du Levothyrox.

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En 2022, après des années de combat pour les malades, la filiale française du laboratoire pharmaceutique allemand Merck et l’ANSM, l’agence de sécurité du médicament, étaient mises en examen. Il leur est alors reproché d’avoir été conjointement, responsables de la substitution du médicament Levothyrox. Le rapport « bénéfices-risques » de la nouvelle formule serait défavorable. Malgré les recours, ces mises en examen sont aujourd’hui confirmées par la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

En 2017 : une nouvelle formule

Le Levothyrox est prescrit à 3 millions de Français.

En 2017, une nouvelle formule du médicament est commercialisée par le laboratoire allemand Merck, à la demande de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Elle utilise le même principe actif que l’ancienne formule, la Lévothyroxine, mais avec de nouveaux excipients. Dès sa commercialisation, de nombreux patients se plaignent d’effets secondaires : maux de tête, vertiges, troubles digestifs, perte de cheveux… Les plaintes s’accumulent

Merck et l’ANSM parlent d’un effet nocebo, versant négatif du placebo : les malades s’inventeraient des symptômes. Condamné par la justice pour « défaut d’information », Merck est alors obligé de commercialiser à nouveau l’ancienne formule.

Une victoire pour l’AFMT, l’association française des malades de la thyroïde

Entre mars 2017 et avril 2018, quelque 31.000 patients souffrant de maux de tête, d’insomnies, de vertiges et d’autres effets secondaires mettent en cause la nouvelle formule, donnant lieu à l’ouverture d’une enquête pénale à Marseille en mars 2018. Cette même année, l’AFMT, l’association française des malades de la thyroïde, s‘est constituée partie civile.

Pour l’association et au nom des victimes, la décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence de ce mercredi est une grande victoire.

C’est une confirmation par la Justice de l’existence d’indices graves ou concordants qui rendent vraisemblable qu’elles aient pu participer à la commission des faits de tromperie aggravée.Association des victimes du Levothyrox

Pour les victimes c’est la preuve que leurs troubles étaient bien réels. C’est le cas de Sylvie Chéreau, une habitante de Saint-Gaudens, dans le Comminges. Depuis 2003, et son ablation de la thyroïde, elle vit sous Lévothyrox. Lors du changement de médicament en 2017, elle ressent très vite les premiers troubles.

Ce que j’ai vécu, c’est comme un empoisonnement. Il y a ce qui se voyait : la peau desséchée, comme celle d’un lépreux, les cheveux qui tombent…Et il y a tout ce qui ne se voyait pas, à l’intérieur.Sylvie Chéreau, victime du Lévothyrox

Sylvie Chéreau, victime du Lévothyrox

Quand elle repasse à la nouvelle formule, en quelques jours, l’amélioration est spectaculaire. Elle peut de nouveau conduire. Dormir, et monter les escaliers sans avoir de terribles crampes. Quand elle a appris la décision ce mercredi, Sylvie a ressenti un grand soulagement.

C’est une très bonne nouvelle ! Et une très mauvaise journée pour Merck ! On nous a pris pour des imbéciles. Nous étions seuls. C’est grâce à notre mobilisation qu’on en est là !Sylvie Chéreau, victime du Lévothyrox

Pour elle, comme pour toutes les victimes, le combat n’est pas fini pour autant. « On va pouvoir commencer le vrai combat » conclue Sylvie Chéreau. Celui qui traitera du fond de l’affaire.

Les laboratoires Merck estiment n’avoir commis aucune infraction

En 2023, quelques mois après leur mise en examen, MERCK et l’ANSM déposaient des requêtes visant à obtenir leur annulation. La chambre de l’instruction a rejeté les 3 requêtes ce mercredi.

Merck a répondu à cette décision dans un communiqué transmis à l’AFP.

Nous regrettons cette décision et maintenons fermement que Merck n’a commis aucune infraction. Ni la qualité du médicament, ni les informations données aux patients lors du passage de l’ancienne à la nouvelle formule du Levothyrox ne permettent de mettre en cause les sociétés du groupe Merck en France.Mario Stasi, avocat de Merck au pénal

Pour Merck, il ne s’agit nullement d’une accusation de la qualité du médicament mais de la communication faite par le laboratoire au moment du lancement de cette nouvelle formule, rappellant que les laboratoires n’avaient fait que suivre les recommandations et les prescriptions de l’ANSM, l’agence nationale de la sécurité du médicament.

L’entreprise précise qu’elle allait se pourvoir en cassation.

L’information judiciaire sur le volet pénal du dossier est toujours en cours et aucune date de procès n’a été fixée.

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