Scandales sanitaires, ou les manquements de l’État
- Audrey de Fondaumière (à gauche) regrette le manque d’encadrement des organismes de surveillance.

Par Cécile Moutiama 28 avr 2019, 06h10
L’Université de La Réunion accueillait, ce jeudi, une conférence sur la surveillance médicale. Les intervenantes ont rappelé les multiples défaillances des pouvoirs publics à l’origine des scandales sanitaires.
Sang contaminé, médiator, prothèses PIP, ou encore dépakine et lévothyrox … Tant de scandales qui rythment la médecine française depuis les années 1990. Caroline Lantero, maître de conférences en droit public déplore cette « succession de grandes affaires qui ont suivi le même schéma, un cycle infernal« . De passage sur l’île à l’occasion d’une conférence sur la surveillance médicale, elle pointe un certain manque de remise en question des pouvoirs publics pour anticiper les scandales : « Chaque affaire est d’abord révélée par un lanceur d’alerte étranger à l’institution. Puis, elle éclate par voie de presse avant d’aboutir à la création d’une agence de surveillance. On se demande quelles leçons ont été tirées entre temps. »
Des organismes de surveillance sont pourtant chargés d’assurer la conformité des médicaments et autres dispositifs médicaux mis sur le marché. Un « arsenal institutionnel » qui faillit régulièrement à sa mission, comme l’a souligné la doctorante Audrey de Fondaumière, lors de la conférence qui s’est tenue jeudi : « Il existe plus d’une douzaine d’agences sanitaires en France. Mais elles manquent d’autonomie et leurs périmètres de compétences ne sont pas clairs. Elles s’auto-neutralisent et n’anticipent pas les risques. Malheureusement, ce sont surtout des drames qui ont conduit la surveillance sanitaire à se développer. » L’étudiante de rappeler la fonction principale de la santé publique : « protéger et défendre la population« . Troisième intervenante, Cathy Pomart s’interroge sur le statut du lanceur d’alerte.
« Qui surveille ceux qui surveillent? »
La maître de conférence de l’Université de La Réunion pointe les failles de l’organisation actuelle de la surveillance des dispositifs médicaux. « On essaie, certes, de centraliser et faciliter les déclarations d’alerte, concède Cathy Pomart. Mais c’est une agence nationale qui les gère. A-t-elle les moyens de le faire ? D’autant qu’elle est partie prenante des déclarations. In fine, qui surveille ceux qui surveillent? » Alors que les pouvoirs réagissent lentement, les scandales éclatent toujours à l’initiative de patients et de journalistes. La dernière chercheure de souligner la protection attribuée aux professionnels de santé qui font éclater des affaires médicales. « Les lanceurs d’alerte ne peuvent être poursuivis pour avoir outrepassé le secret médical, s’ils ont d’abord essayer de faire remonter l’information en interne », indique-t-elle. En attendant une potentielle amélioration de la surveillance, Caroline Lantero est peu optimiste : « L’avenir de la surveillance se trouve peut-être dans la société civile. »
C.M.










