« Les médias ne font plus de l’information, mais de la communication » Corinne Lalo, grand reporter

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FranceSoir

Publié le 03 octobre 2022 – 20:00

Corinne Lalo, journaliste, grand reporter

Corinne Lalo est journaliste d’investigation, grand reporter pour la presse écrite, la radio et la télévision (principalement à TF1) et spécialiste des questions d’environnement et santé.

 Xavier Pardessus / FS

Bénéficiant de plus de 35 ans d’expérience professionnelle, Corinne Lalo est journaliste d’investigation, grand reporter pour la presse écrite, la radio et la télévision (principalement à TF1 jusqu’en 2018 ) et spécialiste des questions d’environnement et santé. Elle a travaillé notamment sur des grands scandales de santé publique (sang contaminé, vaccin contre l’hépatite B, grippe H1N1, Médiator). Dans cet “Entretien essentiel“, elle analyse l’évolution du journalisme au fil de sa carrière et dresse un bilan sans appel : « une dégradation constante de la liberté d’informer ». Désormais, l’objectif des médias est de s’assurer que la population n’entende plus « qu’un seul son de cloche » au lieu d’exposer différents points de vue sur une polémique en vue d’aider les Français à se former leur propre opinion. Or, souligne-t-elle, « supprimer la contradiction, c’est prendre parti pour un discours » : un discours qui correspond à celui du gouvernement, qui lui-même assure la défense d’intérêts privés.

Pour Corinne Lalo, la situation de l’information est comparable aujourd’hui à celle qui existait au sein de l’Union soviétique, sans aller jusqu’au goulag. Ceux qui s’opposaient au discours unique du Parti communiste étaient traités de « dissidents », puis envoyés dans des camps. En 2022, en France, comme ailleurs en Occident, ceux qui s’opposent à la parole officielle sont traités de « complotistes », puis mis au ban de la société.

La résultante aujourd’hui : les Français sont sous-informés, ce qui rend plus facile de les désinformer, explique la journaliste. Un état des choses rendu possible aussi par la baisse de niveau au sein de rédactions, moins pluralistes, composées de journalistes qui sont « pressés comme des citrons » pour produire du contenu et « qui n’ont plus la notion de l’histoire ». À l’appui de ses dires, elle souligne que si les journalistes faisaient des recherches, ils seraient au courant que la France avait déjà imaginé, pour préparer la riposte à une éventuelle pandémie, des plans d’actions dans lesquels il est par exemple prévu que seuls les personnes malades doivent se confiner, non pas les gens en bonne santé.

La femme grand reporter rappelle par ailleurs qu’elle a pu être confrontée à plusieurs mensonges d’État au cours de sa carrière, notamment celui sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, affaire au cours de laquelle le gouvernement français avait assuré que le nuage radioactif n’était pas passé au-dessus de l’Hexagone. S’il est désormais universellement reconnu que l’exécutif avait menti, Corinne Lalo déplore qu’aujourd’hui, « les jeunes ne veulent pas croire que l’État puisse mentir ».

Par ailleurs, la crise du Covid-19, martèle-t-elle, est une redite du scénario joué lors de la grippe H1-N1. Une crise qui s’était traduite par un échec cuisant de la vaccination contre la maladie. Interrogée par une Commission d’enquête parlementaire sur les commandes excessives de vaccins, Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, avait alors exprimé deux regrets : ne pas avoir assez fait peur aux Français et ne pas avoir assez verrouillé Internet, relate Corinne Lalo. C’est pourquoi lors de la crise du Covid, nous faisons face à « une censure organisée et décomplexée, avec l’aide des fact-checkers », souligne-t-elle.

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