Fille de résident d’Ehpad, elle raconte son histoire « ordinaire »

​Habitante de Telgruc-sur-Mer (Finistère) Hélène Fosset-Dréan a accompagné l’avancée en âge et le placement de ses parents en Ehpad, à Quimper. Si elle salue l’investissement des personnels soignants, elle est moins tendre avec les personnalités politiques en responsabilité.

Hélène Fosset-Dréan, fille de résident en Ehpad dans le Finistère.

« C’est une histoire assez banale. Les problèmes que tout le monde rencontre, quoi ! » Fille de militant communiste, Hélène Fosset-Dréan à l’engagement chevillé au corps. Surtout depuis l’avancée en âge de ses parents, Jean et Annick, il y a un peu plus de dix ans.

« Qu’est-ce qu’on va faire de maman ? »

Le couple, alors âgé de 75 ans, habite alors dans le pays de Morlaix. Hélène vit à Telgruc-sur-Mer, en presqu’île de Crozon, et sa sœur à Quimper. Pas très loin, mais trop pour être là tous les jours. « Avec ma sœur, on n’avait bien poussé l’idée de prendre une aide à domicile mais notre père nous répondait pas pour le moment​, raconte Hélène Fosset-Dréan. Il disait qu’ils n’en avaient pas besoin​.

Une inversion des rôles, entre parents et enfants, pas évidente à vivre. Surtout pour les parents. Il y a une certaine pudeur autour de la perte d’autonomie​, confie Hélène Fosset-Dréan. Jusqu’au jour où l’état de sa mère se dégrade et nécessite une hospitalisation. Et voilà la question tant redoutée qui doit être posée : Qu’est-ce qu’on va faire de maman ?

C’est un retour à la maison qui s’accompagne d’aménagements. La famille met un lit dans la salle principale et les passages des aides à domicile ponctuent le quotidien. De voir ma mère en plein milieu du salon, ça a été la claque​, lâche Hélène Fosset-Dréan.

En 2014, le système empirique arrive à sa limite. Un jour, mon père m’appelle et me dit : Je n’en peux plus. Il faut trouver une solution. ​Les filles, qui avaient, par précaution, inscrit leurs parents sur la liste d’attente d’un Ehpad public de Quimper téléphonent. On les informe qu’une chambre double vient de se libérer. Alors, on y va tous les deux, nous a dit notre père​, se remémore Hélène.

« On se prend tout sur la tête »

Mais sa mère ne marche plus, peine à s’exprimer et les manipulations des soignants obligent Jean a quitté leur chambre commune à chaque soin. On n’a rien à redire sur les personnels et leur travail, mais on s’est vite rendu compte que ces chambres doubles n’étaient pas adaptées.

Dans le même temps, il faut aux filles régler la question de la vente de la maison des parents. Cela passe par une mise sous tutelle de leur mère. On se prend tout sur la tête​, revit Hélène Fosset-Dréan. La démarche administrative dure quatre années. Quand on est fatigué, c’est dur.

Annick s’est éteinte dans son Ehpad quimpérois en 2018. Son époux y réside toujours et cause régulièrement politique avec sa fille. « Sa lutte aujourd’hui, ce sont les vieux, raconte Hélène. Mais je crois qu’il était un peu comme les politiques… Tant qu’il n’a pas été au pied du mur, il n’était pas concerné. »

« Ils prennent les gens pour des idiots »

Depuis plusieurs mois, Hélène Fosset-Dréan, elle, interpelle quotidiennement par courriels, parlementaires et membres du gouvernement qui écrivent ou parlent du vieillissement. Je voulais qu’ils se rendent compte qu’on n’est pas dupes. Quand on les entend dire qu’ils tombent des nues, ils prennent les gens pour des idiots.Nos aînés sont-ils délaissés ?Débattez !

« Allonger la durée de vie, ça sert à quoi ? »

Et l’actualité de ces deux dernières années a de quoi remplir sa revue de presse. Après les restrictions sanitaires liées à la pandémie, l’affaire Orpéa ​sur les maltraitances dans les maisons de retraite du groupe, un projet de loi grand âge ​plusieurs fois repoussé et aujourd’hui transformé en plan de mesures, la création d’une 5e branche de la Sécurité sociale (pour l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées), sont arrivées les campagnes électorales et leurs lots d’annonces.

« On met de l’argent dans la médecine mais on ne prend pas en compte le vieillissement. Allonger la durée de vie, sans prévoir l’argent, les structures et le personnel nécessaire, ça sert à quoi ?, interroge la Finistérienne. C’est aussi bien beau de saluer l’engagement des proches mais au bout d’un moment, l’entraide ça suffit. Il faut des moyens politiques et financiers. »

Mais Hélène Fosset-Dréan n’attend rien de sa démarche. Juste l’envie de foutre un coup de pied dans le derrière ​de ceux qui sont en responsabilité. Les rares qui répondent commencent tous leur réponse en me remerciant. Ils se foutent sûrement de mes courriers mais moi, je suis aussi électrice.

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